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Le Caire - La mère des villes

  • 18 avr.
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 heures

28 avril 2026.


[A REPRENDRE ET TERMINER] "J’avais bien un livre de routes, la Rihla d’Ibn Battuta, dont les récits circulaient de port en port", dirait un voyageur au XVe siècle, que je décrirai dans un roman. Il poursuit : "On y décrivait les villes, les distances, les vents, et les hommes qui les traversaient. Al Qahira, Zeila, Aden, Damas… Je me plongeais dans les pages, usées, marquées de notes griffonnées. Mon maître y avait laissé des traits d’encre plus sombre. Je m’arrêtai sur l’une d’elles. Il était question d’Al-Kahira. “La mère des villes”, disait le texte : une ville immense, où les marchés ne finissent pas, où chaque métier trouve sa place, où les hommes se croisent sans jamais se connaître. Qu’avait-il voulu voir dans cette ville qu’il n’avait jamais habitée ?"


Gamaleya, Le Caire. Photo de l'auteur.


Le Caire s'est déplacée, jusqu'aux confins du grand désert, pour nommer un nouvel espace : Al-ʿĀṣima al-Idāriyya al-Jadīda, la nouvelle capitale administrative, un nom froid et sec comme la tour d’un ministère des finances. Certains l’ont baptisée Wedian, le pluriel de wadi, le lit de la rivière asséchée. Dans cette partie du désert à l’est du Caire, les rares pluies anciennes avaient dessiné quelques creux naturels, avant que tout ne s’assèche, définitivement.

Un tel nom aurait laissé miroiter les promesses d’une ville où arriverait l’eau, miraculeusement. La réalité avait été plus cruelle car les eaux douces du Nil empruntaient très rarement les conduites destinées à alimenter Wedian tant les crues étaient devenues instables et l’évaporation spectaculaire avec l’accélération du réchauffement. 

Wedian m’échappe autant qu’au monde qui l’a fait naitre. La ville n’est plus qu’une tache claire sur un océan urbain, lui, ocre, épais, surgit du désert fendu d’un Nil large, mais au débit devenu faible et aux rives bétonnée. Al-Qāhira, la première, la matrice, elle, s’était construite sur les strates du temps long, depuis les Omeyades. Elle avait surgit d’un Nil généreux, fertile, divinisé, qui contribuait à l’équilibre du monde. Une litanie du discours officiel, désuet et sans avenir.

Aujourd’hui, le halo qu’elle dessine vue du ciel demeure un rêve evanescent. Il reste les tours de vitres scintillantes, les colonnes géantes empruntées au vocabulaire antique, les barres d’habitation pour les cadres et les routes tentaculaires, grises et brulantes. On ne maitrise plus sa trajectoire. Wedian ne peut plus grandir dans le tissu de plus en plus dense de l’autre ville, qui résiste, fière et bruyante. 

Déplacer la croissance avait été une gageure, peut être “le défi le plus ambitieux de l’histoire de l’Egypte, depuis la construction des pyramides du plateau de Gizeh”, disait mon père. Ma mère souriait quand il parlait comme ça avec emphase. Il voulait juste impressionner, et rappeler au monde que nous étions un grand peuple. Aujourd’hui il peine à admettre la faillite d’une telle entreprise urbaine. Il enseigne l’histoire de l’architecture, une manière d’éviter de questionner les projets tout en transmettant la mémoire des peuples bâtisseurs. 

Fragments

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